Réunion Pêche Australe, un modèle économique sans précédent, source d’inspiration potentielle pour toute la filière « Pêche » en France, voire même au delà de nos frontières

Le modèle économique unique et innovant de Réunion Pêche Australe (RPA), une jeune entreprise réunionnaise, pourrait être adapté aux besoins de toute la filière « Pêche » en peine depuis de longues années, que ce soit au niveau local, national voire européen, ou encore à toutes autres filières professionnelles, en quête de renouveau…

 

Réunion Pêche Australe (RPA), l’un des 5 armements français autorisés à la pêche de Légine par les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF), vient de fêter son premier anniversaire. Le modèle économique de la jeune entreprise réunionnaise pourrait bien inspirer les filières « Pêche » des autres départements et territoires d’Outremers et du continent européen – voire même s’étendre à d’autres secteurs d’activité. En seulement un an, ce modèle d’entreprise à permis à RPA de participer activement au développement économique de l’île de La Réunion, où le chômage se situe entre 30 et 40%, avec à la clé : création d’emplois, formation de marins réunionnais au métier de la pêche australe, investissement dans les infrastructures de pêches locales, et enfin, transformation et création de produits de la mer à forte valeur ajoutée à base de la légine australe, l’une des richesses maritimes la plus précieuse du territoire réunionnais, aussi appelée « l’Or Blanc », et dont les retombées pour l’économie locale étaient restées très faibles.

 

La pêche et la consommation de la légine, un poisson d’eau froide peu connu, pêché dans les mers australes et antarctiques, sont très récentes puisqu’elles ne datent que des années 1990. Appréciée pour sa chair blanche et fondante, ce poisson suscite un vif engouement commercial. Il est particulièrement prisé au Japon, en Chine et aux États-Unis, où il se vend à des prix très élevés, ce qui lui a valu ce surnom « d’Or Blanc ». L’activité́ liée à la pêcherie de légine est aujourd’hui la deuxième (en valeur) des pêcheries françaises, après le thon rouge.

 

Cependant, on rencontre toujours très peu d’acteurs locaux et trop peu de retombées économiques pour La Réunion. Il faut dire que, l’île montagneuse et rocheuse, avec une côte majoritairement sauvage et peu de plages praticables pour la baignade, a historiquement amené les réunionnais à tourner le dos à la mer.

 

De plus, au vu des défis techniques, environnementaux et financiers en lien avec l’exploitation d’un navire de grande pêche, très peu d’armements s’avèrent capables de se lancer dans cette pêche certes lucrative mais également très capitalistique et risquée en termes d’investissements.

 

Les choses ont commencé à évoluer positivement avec la création de l’interprofession, l’Association Réunionnaise Interprofessionnelle de la pêche et de l’aquaculture (ARIPA), qui s’efforce de structurer la filière pêche réunionnaise depuis 2009. L’ensemble de ses membres a ainsi pu avoir un avant goût du travail en commun, de la force de l’action collective et de l’impact bénéfique sur les résultats de chacun.

 

Toutefois, force est de constater que la Réunion ne compte à ce jour que quelques 130 pêcheurs artisans côtiers professionnels. Il y a une réelle pénurie de main d’œuvre qualifiée pour les métiers de la pêche et de la transformation au niveau local, des débouchés à fort potentiel dans un marché où le chômage bat son plein avec 30 à 40%. Malgré tous les efforts accomplis, les infrastructures portuaires collectives manquent encore d’équipements essentiels tels que des mâts de déchargement, des machines à glace dans chacun des points de débarquement, etc.

 

« C’est dans ce même esprit et dans le prolongement de la structuration entamée par l’interprofession ARIPA qu’est né alors le projet RPA et l’idée de se regrouper, avec plusieurs acteurs locaux de la pêche palangrière et côtière, afin de se réapproprier les bénéfices générés par la légine, et de revaloriser la filière « Pêche » et l’économie réunionnaise en général », explique Sébastien Camus, président de Réunion Pêche Australe.

 

La société Réunion Pêche Australe, créé en juin 2016 et dont le siège se situe à Saint-Pierre de La Réunion, se distingue en effet par son fort ancrage territorial et regroupe aujourd’hui, dans une structure unique, plusieurs acteurs locaux de la pêche palangrière et côtière : l’armement ENEZ PÊCHE (avec 51% du capital), l’armement ATLANTIS (avec 30% du capital), et un pool de « petits pêcheurs » regroupés au sein de la SARL SAPPMA qui détient 19% du capital.

 

Son modèle économique est unique et se distingue à différents niveaux :

 

<  Pour la 1ère fois dans l’histoire de la pêche australe, une société a ouvert son capital aux pêcheurs artisans et côtiers ; les investissements de ces derniers sont complètement garantis en cas de pertes ou d’arrêt du projet. La société met le développement de l’économique et notamment de la filière pêche réunionnaise au centre de ses préoccupations. À ce titre, elle s’est engagé à verser 30 centimes par kilo de légine, et ce dès le premier kilo pêché, à l’Association des Patrons Pêcheurs Côtiers de La Réunion (APPECOR), membre de l’interprofession pêche qui en dispose librement pour le financement d’infrastructures portuaires collectives, ou la participation à la modernisation des flottes, etc. – un premier chèque de 26 000 euros leur a été remis en juin 2017 ;

<  Elle met l’accent sur la création d’emplois locaux (en mer comme à terre), et pour les résidents réunionnais en priorité ;

<  Elle s’engage pour la formation de marins locaux au métier de la pêche australe afin de s’assurer d’une main d’œuvre hautement qualifiée pour la filière « Pêche » de La Réunion de demain ;

<  Elle préconise la transformation de la légine pêchée, à la Réunion, par des entreprises réunionnaises ;

<  Elle mise sur la création de produits innovants et à forte valeur ajoutée, à base de légine, pour le marché local.


 

 

« En dépit d’une première marée difficile et des pertes financières inhérentes à tout démarrage de projet industriel, l’intérêt de notre modèle n’est plus à démontrer. Au bout de seulement un an, une soixantaine de pêcheurs, représentant près de 50% des pêcheurs artisans de l’île, ont déjà rejoint la SAPPMA, actionnaire de RPA », déclare Sébastien Camus, président de Réunion Pêche Australe. « Nous sommes plus que jamais motivés et déterminés à continuer cette activité. Nous avons hâte de voir la répartition des quotas qui est actuellement en train d’être définie par la préfecture des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF). Nous espérons une réponse positive fin août à notre demande d’augmentation de quota, afin de pouvoir poursuivre l’aventure et procéder aux préparatifs de la prochaine marée, à commencer par l’affrètement d’un navire et le recrutement des nouveaux marins dès la rentrée. »

 

Un an après la création de la société, les retombées pour La Réunion vont bien au delà des actions menées directement par RPA. L’entrée de RPA dans cette pêcherie légine a créé une véritable dynamique, avec une série de réactions dont les premiers bénéficiaires sont les résidents et le territoire réunionnais : relocalisations des sièges d’armements historiques à La Réunion, création d’unités de transformation de poisson et ouverture de points de vente locaux, première contribution pécuniaire du Syndicat des Armements Réunionnais de Palangriers Congélateurs (SARPC) au budget du Comité Régional des Pêches Maritimes et des levages Marins (CRPMEM) en 2017.

 

Un cas d’école qui pourrait se dupliquer dans d’autres secteurs et interprofessions, et pour commencer, dans la filière « Pêche », en peine dans toute la France et dans toute l’Europe.

 

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